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L’entretien

Nathalie Delattre est sénatrice de la Gironde et coprésidente de l’Association Nationale des Élus de la Vigne et du Vin (Anev). Avec Philippe Huppé, son coprésident député de l’Hérault, elle propose aux présidents des principales organisations viticoles (CNAOC, VCF, VIF, VinIGP, AGPV) d’organiser avec les pouvoirs publics un grenelle de la viticulture.

« Il faut restaurer le dialogue entre les acteurs concernés par l’avenir de la viticulture »

LNA : Qu’attendez-vous du grenelle de la viticulture que vous demandez aux organisations professionnelles vitivinicoles ?
Nathalie Delattre : Aujourd’hui, les viticulteurs travaillent au quotidien dans un environnement particulièrement anxiogène. D’une part, ils sont l’objet de nombreuses pressions pour changer leurs pratiques et réduire leur utilisation de produits phytosanitaires, alors même que leur rôle environnemental et paysager est passé sous silence.  D’autre part, ils font face à un foisonnement de critiques et de nouvelles contraintes difficile à surmonter. Partant de ce constat, on espère que ce Grenelle de la viticulture permettra d’aborder et d’anticiper toutes les problématiques auxquelles la filière vitivinicole fait face, avec tous les acteurs concernés, dans l’objectif d’apporter des solutions globales et cohérentes.
L’idée est donc de parvenir à trouver des solutions immédiates aux défis les plus pressants, mais aussi d’établir une feuille de route pour les années à venir, qui tiendra compte des objectifs de la filière et des futurs projets du gouvernement sur les sujets qui touchent à la viticulture.

Quelle serait selon vous, la meilleure vision stratégique à adopter pour sortir cette filière des contraintes que lui imposent les injonctions environnementales, sociétales, etc. ?
Pour nous, l’essentiel est de recommencer à s’écouter. Que ce soit entre le gouvernement et les viticulteurs, ou entre les viticulteurs et les habitants, il n’y a plus de dialogue. Prenons l’exemple de l’ambitieux plan de la filière viticole qui fixe des objectifs élevés en matière de réduction des produits phytosanitaires et d’amélioration des pratiques, comme le demande la société. Eh bien, deux ans après, le gouvernement n’a pas avancé sur la question du soutien au changement des pratiques qui apparaissait explicitement dans le plan. Les viticulteurs ne peuvent pas avancer tout seuls !
Ce manque de dialogue est encore plus flagrant avec les relations viticulteurs-riverains. La pression sociétale sur les questions environnementales est légitime. Il faut donc entendre et répondre aux inquiétudes des riverains. Mais il faut aussi que les Français comprennent qu’on ne change pas de modèle en un claquement de doigt. L’abandon d’une bande de vignes dans laquelle il est interdit de protéger les plantes a un sérieux impact sur la récolte pour les viticulteurs, qui sont déjà bien souvent sur la corde raide financièrement. Ce sont des éléments qu’il faut avoir en tête lorsque l’on veut que l’utilisation des produits phytosanitaires baisse rapidement en France. Donc s’il fallait citer une stratégie, ce serait la restauration du dialogue entre les acteurs concernés par l’avenir de la viticulture.

L’actualité du moment, c’est notamment les zones non traitées (ZNT), mais aussi le logo femme enceinte sur les bouteilles de vin, etc. Peut-on s’attendre à ce que de nouvelles initiatives sortent des couloirs des ministères ?
C’est plutôt aux ministres eux-mêmes qu’il faudrait le demander ! Concernant les ZNT, nous en savons autant que le reste de la population française. Les textes proposés par le gouvernement qui instaurent une ZNT de 10m pour la viticulture, réductibles à 5m avec certaines mesures de protection, sont ouverts à la consultation du public. Nous verrons ce que cela donnera mais pour l’instant, la position du gouvernement n’a pas évolué depuis juin. A propos du pictogramme sur le syndrome d’alcoolisation fœtale, nous avions reçu l’information qu’une décision serait prise à la rentrée. Nous sommes donc dans l’expectative.
S’il y a d’autres projets dans les cartons, nous n’avons pas encore été mis au courant. Espérons que le Grenelle de la viticulture nous permettra d’anticiper ces éventuelles nouvelles initiatives !

Cette table-ronde que vous voulez plus transversale et prospective n’est-elle pas finalement une remise en cause du rôle joué par le conseil spécialisé vin de FranceAgrimer, créé au départ pour nourrir les échanges entre pouvoirs publics et acteurs de la filière vitivinicole ?
Non ce n’est pas du tout une remise en cause du rôle de FranceAgriMer. Nous avons d’ailleurs élargi notre proposition à toutes les organisations de la filière, dont le Conseil spécialisé vin de FranceAgriMer et son président, Jérôme Despey. Quelle crédibilité aurait ce Grenelle si l’organisme chargé de réguler l’expansion du vignoble français et de distribuer les aides de la PAC n’était pas convié à la table ?
Mais au cours de nos années de mandats, nous avons constaté que les institutions en place ne suffisent pas toujours. Lorsqu’un texte les concernant est à l’examen du Parlement, lorsqu’un décret est en préparation, nous sommes régulièrement sollicités en tant que parlementaires par les organisations professionnelles Ces sollicitations ne remettent pas en question le rôle de FranceAgriMer non plus. Simplement, il y a tellement de défis à relever, tellement de problématiques à régler, qu’un forum plus large et « ad hoc » nous parait mieux adapté.

Propos recueillis par Michel Bru