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« L’enjeu sûrement le plus important de cette nouvelle PAC est la transition écologique (…) Il faudrait passer des contrats volontaires avec les agriculteurs qui s’y engagent. »

Jean-Marie Séronie est agroéconomiste indépendant. Consultant et conférencier, il mène également des activités d’enseignement et de recherche. Il est Membre de l’Académie d’Agriculture de France.

Pourquoi la France doit- elle sauver la PAC, voire reprendre la main sur la nouvelle réforme ?
La France est le pays le plus gros bénéficiaire de la PAC. Elle a été son inspirateur au début. Elle a eu beaucoup de mal à accepter la réforme de 92 et de fait, elle pèse moins que par le passé sur le cours des choses même si depuis 7-8 ans elle revient un peu plus en force sur le débat. La France doit sauver la PAC parce qu’elle est attendue aujourd’hui sur ce sujet. Toutes les informations qui circulent dans l’environnement politique bruxellois le confirment. Les pays de l’UE attendent la voie de la France à l’agriculture puisque nous sommes la première puissance agricole européenne en termes d’utilisation du budget de la PAC. Nous sommes présents quasiment sur toutes les productions, et le poids du message du président de la République française sur l’évolution du dossier PAC a toujours été déterminant. C’est en ce sens que nous sommes attendus.

Nous avons les moyens de reprendre la main sur l’évolution du dossier en faisant des propositions constructives dans le sens de « davantage d’Europe et de PAC ». Alors que jusqu’à présent sur les dix dernières années, nous avons toujours plus fait pour le maximum de dérogations et d’adaptation possible État par État, c’est-à-dire une renationalisation progressive de la PAC. Nous avons toujours été un des moteurs de ce mouvement. Aujourd’hui, nous pourrions peut-être peser pour inverser et garder une politique commune agricole.

Quels sont les enjeux de cette nouvelle PAC ?
Il y a tout d’abord un enjeu économique qui exige de construire absolument dans le sens d’une gestion des risques, et je pense que celle-ci doit se situer au niveau européen, alors qu’aujourd’hui elle est dans le deuxième pilier et donc laissée à l’initiative des États.
Le deuxième enjeu, et sûrement le plus important, c’est la transition agroécologique, ou tout ce qui a été la conditionnalité du paiement vert. Force est de constater que cela ne sert pas à grand-chose et je pense que plutôt que d’apporter des aides de soutien direct conditionnés à l’environnement, il faudrait passer des contrats volontaires avec les agriculteurs qui s’engagent dans la transition écologique.
Le troisième enjeu, c’est l’innovation et la recherche et le développement, mais aussi l’accompagnement des agriculteurs dans toutes les transitions et la révolution numérique.

Selon vous, les syndicats agricoles auraient tout intérêt à s’entendre sur une « plateforme commune » de positions et de revendications ?
Je me suis effectivement exprimé sur le fait que les syndicats devraient avoir une plate-forme commune. Le contexte n’est pas porteur aujourd’hui puisqu’ils sont en campagne électorale pour les prochaines élections aux chambres d’agriculture. Je ne suis pas pour l’unité syndicale, il y a des sensibilités différentes à exprimer. De fait, le pluralisme syndical en France est une avancée. Pour autant, il y a peut-être 60 à 70% de la problématique globale de l’agriculture sur lesquelles toutes les familles syndicales sont en phase, même si elles ne le disent pas vraiment. Donc, expliciter cette base commune présente pour moi deux avantages. Le premier avantage, considérable, c’est que cela rassure les agriculteurs en donnant du poids à une orientation commune. Le deuxième élément est que la parole du gouvernement français aurait beaucoup plus de poids si l’ensemble des organisations syndicales avait signé pour une plate-forme commune sur les points sur lesquelles elles sont d’accord. Et je pense aujourd’hui que notamment sur la question de l’environnement, ils ne sont pas loin d’adopter une position commune.

Propos recueillis par Michel Bru

Dernières parutions :
L’agriculture française : une diva à réveiller, Quae, 2014, 114 p.
PAC et mondialisation : une politique européenne encore commune ? Quae, septembre 2018, 176 p.